1er témoignage (extrait du livre Masques de loups, cœurs d’agneau)
Stéphane – shit, héroïne, médicaments.

« Je préférais claquer ma tune dans la drogue.
Pour moi c’était plus concret »

J’ai 29 ans. Au départ j’habitais une cité dans le nord de la France. Avec des copains on se baladait, on sortait, on fumait des joints, histoire de voir comment c’était, pour délirer, pour se croire des hommes puisque la plupart des grands qu’on connaissait dans notre cité fumaient des joints. Nous, on voulait quelque part leur ressembler. Alors on fumait des joints.[…]
On avait entendu parler de l’héroïne. Puisque beaucoup dans notre cité se droguaient à l’héroïne. Dans notre cité les toxicos, c’étaient eux, pas ceux qui ne faisaient que fumer du shit. Par l’intermédiaire d’un copain on s’est procuré de l’héroïne. On l’a d’abord prise en sniffant. On était en effet contre la seringue. C’était évident. La première fois que j’ai sniffé de l’héroïne ça ne m’a pas emballé ! Ça m’a fait gerber. Aucun effet positif. Je m’attendais à quelque chose qui me fasse planer, me fasse oublier le mal-être que j’avais. Rien de tout cela.
Un an après, je rencontre un pote qui s’était mis à la seringue. Il me dit : « Tu vas voir, c’est super. Rien à voir avec la sniffette. Tu vas être sidéré. » Il m’a fait la piqûre lui-même car moi je ne savais pas faire. […]
A partir de là, ça a été le dérapage. Je me piquais tous les jours. Et il fallait que je trouve l’argent pour acheter la came. J’ai commencé par de petits vols (comme des auto-radios) puis des cambriolages. Quand ma mère est décédée j’avais dix sept ans. Je me suis retrouvé seul. J’ai dû quitter l’appartement. J’ai été envoyé dans un foyer COAE (Centre d’Orientation et d’Action Educative). A ma majorité, j’en suis parti. Je suis retourné dans ma cité et j’ai continué les conneries. Et ça a été la prison.

J’ai fait beaucoup de post-cures (Paris, St Omer, etc.) La dernière, avant Saint Jean Espérance, j’y suis resté six mois. Ça a été la déchéance. J’ai galéré plus de trois ans. A droite, à gauche. Dormir dehors, dans les parkings, les caves, les maisons abandonnées. Ça a été vraiment le gouffre…
J’ai commencé à prendre des subutex. Ce fut pire que l’héroïne car je me l’injectais et à cause de la forte teneur en amidon cela m’a causé beaucoup d’abcès. […]

J’ai fini par retomber en prison, 6 mois. Quinze jours après la sortie, complètement défoncé, je suis retourné voir la psychologue. Elle me propose quelque chose de tout à fait nouveau : une communauté chrétienne, à Pellevoisin, tenue par des frères, pas par des éducateurs ! Le lendemain je les ai appelés et ils m’ont dit que je pouvais venir.
Arrivé là-bas, j’ai trouvé les frères de Saint Jean, hyper sympas. Pour moi « frère » ça faisait chrétien, très sérieux, prière à fond, des mecs austères. Mais c’était tout le contraire !
Il y avait une ambiance familiale. Ici les frères sont toujours avec nous, jour et nuit. Ça crée une complicité.
On m’a proposé de monter un projet : faire un atelier poterie de A à Z ! J’étais responsable de cet atelier, de la cuisine, des moutons. Tout cela me plaisait. Puis j’ai commencé un stage poterie. Mais je me tendais de plus en plus intérieurement. Alors les frères m’ont poussé à partir pour prendre mon envol et mettre en pratique tout ce que j’avais appris ici. J’ai trouvé une chambre meublée et j’ai continué mon stage et mon permis, que j’ai eu. J’ai trouvé un travail et fait un emprunt pour acheter une voiture.
J’ai des hauts et des bas. Je reste fragile. Mais je me maintiens. C’est l’essentiel. Tout ce que j’ai actuellement, il ne faut pas que je le perde. Il y a deux ans, je n’aurais jamais imaginé que je puisse avoir tout cela.
Saint Jean Espérance m’a appris à reprendre confiance.