L’amitié
Nous veillons tout particulièrement à
ce que chacun fasse l’expérience de l’amitié
dans sa vie.
Il découvre ainsi parmi les frères et les autres
personnes accueillies, parmi les bénévoles ou les
accompagnateurs salariés, des amis, des personnes qui l’aiment,
capables de prendre du temps pour lui, de l’écouter,
mais aussi de le reprendre avec fermeté. Nous souhaitons
qu’il vive cette expérience nécessaire et
salutaire, l’expérience de l’amitié,
si difficile et si périlleuse pour des personnes si blessées.
"Guérir" un toxicomane,
c'est réveiller et redémarrer la croissance de sa
personne en lui.
Alors essayons de comprendre ce que nous découvrons empiriquement,
à savoir la primauté de l'amitié.
La drogue stoppe la maturité de l'individu, c'est-à-dire
la croissance de sa personne, en l'empêchant d'intégrer
ses passions et donc de vivre au niveau de son esprit. Ainsi un
jeune toxicomane de 25-30 ans se comporte comme un gosse : il
vit au niveau de ses pulsions, de ses sentiments, de ce qui lui
fait plaisir.. Or la personne se noue dans des choix, des choix
humains, personnels et finalisés. Il faut réapprendre
à nos jeunes à choisir, et choisir ce qui est bon
pour eux malgré tous les obstacles, toutes les luttes et
les tempêtes intérieures.

Cela commence par de petits actes, de petits
choix comme celui de faire la vaisselle, le ménage
ou son lit. Responsabilité et choix vont de pair.
Cela commence par la responsabilité de petites choses matérielles,
puis de tel chantier, ensuite d’épauler tel jeune
qui vient d'arriver…et finalement prendre sur soi pour porter
l'autre…
Ce qui est "thérapeutique", c'est ce choix, tous
ces petits choix personnels. Et le choix le plus explicite, le
plus personnel, celui qui révèle et noue la personne,
c'est le choix de l'aimer, c'est-à-dire le choix d'aimer.
La communauté est un moyen idéal comme cadre de
vie pour nous pousser à faire ce choix en toute vérité,
car on vit 24h/24 avec des gens qu'on n'a pas choisi au départ,
pour qui on n’a aucune attirance. Pourtant il faudra se
choisir mutuellement à un moment ou un autre pour que la
vie communautaire ne soit pas un fardeau. Ainsi, il n'y a pas
d'autre porte de sortie que de fuir ou de choisir ! Cette liberté
permet au jeune de grandir en acte et en vérité.
Notre pédagogie se fonde sur le
choix de la personne, dont l'expression la plus nette est le choix
amical. Ce qui est thérapeutique, c'est le choix personnel,
et cela fait grandir le jeune vers une guérison intérieure.
La communauté en tant que telle n'est pas thérapeutique
mais elle est un cadre qui va pousser les jeunes à se marcher
sur les pieds, se pardonner, se corriger dans leur comportement
pour s'aimer. Les moments de détente sont un excellent
moyen pour se rencontrer, se connaître.
Dans ce domaine, les jeunes parlent souvent de « s'éclater »,
reconnaissant ainsi implicitement que « ça part
un peu dans tous les sens… »; d'où, là
aussi, une nécessaire pédagogie pour canaliser les
énergies et faire que "détente" ne soit
pas synonyme de laisser-aller.
Temps
de détente quotidiens : le repas est un moment de détente
communautaire; au milieu de la journée et le soir sont
prévus des temps libres personnels.
Temps
de détente hebdomadaires : Le sport et la journée
du Dimanche sont les deux principaux moments de détente
de la semaine. Le sport est essentiellement collectif.
Le Dimanche, il est bon d'alterner entre « activités
organisées » -afin de donner des idées,
obliger à bouger, favoriser la cohésion-, et « activités
choisies » par les jeunes, obligeant ces derniers à
être inventifs et actifs.
Cette dernière formule exige beaucoup d'attention, afin
que les uns et les autres ne tombent pas dans une oisiveté
néfaste.
Temps
de détente exceptionnels : il s'agit des vacances : une
semaine à l'extérieur des lieux de vie, deux à
trois fois par an, en communauté. Les exigences de la maison
sont maintenues, mais c'est l'occasion de se retrouver dans un
autre cadre, et avec des horaires plus souples. C'est aussi la
possibilité d'impliquer davantage les jeunes. Ce sont leurs
vacances, et ils ont la responsabilité de les organiser.
Par ailleurs, individuellement, il est possible à l'un
ou l'autre de prendre un temps de recul par rapport à la
maison, et de passer un week-end ou une semaine chez lui ou dans
une famille d'accueil.
Cette possibilité est étudiée au cas par
cas, mais ne peut survenir avant trois mois passés dans
la maison.
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