Oser être soi-même
Pour le philosophe-éducateur, le
fléau qu’est la consommation de cannabis représente
une tentative pour répondre au vide affectif que ressent
le jeune.
Tous, nous recherchons des compensations car nous ne supportons
pas le vide. Les petits bébés sucent leur pouce,
caressent un doudou. Les adultes recherchent des performances
qui impressionnent, ou se scotchent à la télévision.
Les ados ont leurs moyens bien à eux. Par curiosité,
pour être comme les autres, pour se faire croire qu’on
est des « grands », on essaye des produits
qui « tiennent compagnie », des médicaments
pour se calmer, la violence pour s’affirmer – chez
les garçons –, la séduction pour avoir les
autres à ses pieds – chez les filles –, l’alcool
pour oublier qui on est, le vagabondage sexuel pour se faire croire
qu’on est aimé, les musiques hards, les maxi-teufs
et les rave parties pour se fuir.
Ces attitudes font bien souvent peur aux autres, mais
elles cachent en fait des peurs chevillées au cœur
adolescent. Par le cannabis, on recherche le rêve,
être un autre, et on remarque chez les habitués de
ce produit, au bout de quelques semaines, l’installation
d’une certaine paranoïa, on voit les autres en réduction,
diminués de leurs qualités, de leurs différences,
on refuse les différences. Tout est « bof-bof »,
il n’y a plus d’intérêt que pour le produit
lui-même.
On n’écoute plus ceux qui, par expérience
personnelle, en sagesse, crient : « Attention,
danger ! » On se croit au-dessus de ces risques,
on gère, on croit être à l’aise, en
communication, alors qu’on est dans la répétition ;
encore jeune, et pourtant racontant des histoires d’anciens
combattants mal réveillés.
En fait, le « H », après
le temps d’euphorie où l’on croit être
enfin sorti de ses problèmes, renforce le sentiment de
solitude, car il est producteur du plaisir en circuit fermé.
Il enferme dans le mythe du « soft », être
cool, être zen, sans ennemis à part ceux qui rejettent
ce produit. En fait, c’est la recherche du cocooning permanent,
du paradis artificiel alors qu’il fait tomber dans un enfer-me-ment.
Le produit fait croire à l’autonomie : « Je
peux me passer des autres ».
Alors qu’au départ, on recherchait des relations
avec des potes, des vrais, on se retrouve entre clones-de-soi-même ;
les déceptions, puis les problèmes de santé,
de mémoire… s’additionnent lourdement.
Alors lâche ton joint, ta fausse planque, et ose
être toi-même, prends le risque d’aller vers
les autres, vers la différence. Entre en relation,
parle, communique, partage. C’est quand même autrement
plus exaltant que de rester avachi dans sa tête !