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archives saison 2008/2009 |
![]() Noir Lumière est le
fruit d’une réflexion non encore achevée.
Il s’adresse à tous les amoureux du théâtre et plus particulièrement à ceux qui viennent y chercher simplicité et authenticité, dépouillement et modernité, poésie et interrogation. À l’opposé d’une méthode, d’un procédé sclérosant, Noir Lumière pourrait se définir comme une approche, une expérience, un mode de travail reposant principalement sur trois axes : 1. Une présentation originale des
grands textes classiques et contemporains,
dépouillée, nerveuse, élaguée s’il le faut par des suppressions de
scènes, de passages, voire de personnages, mais avec le souci constant
de respecter les intentions de l’auteur, du poète : aucune “relecture”,
aucune “oeuvre revisitée”.
Une éthique de l’esthétique : un plateau également débarrassé des décors ou des costumes jugés trop redondants, la lumière comme univers. Une quête de l’essentiel, de l’émotion nue. Une distribution également réduite : les acteurs interpréteront plusieurs personnages. 2. Un jeu inventif et novateur
où comédien et metteur en scène resteraient, durant chaque
représentation, libres de modifier ou non les déplacements et les jeux
de scène selon leur inspiration, leur créativité, dans le respect des
partenaires, du public et des choix pris en commun lors des répétitions.
Chaque représentation doit être unique. Le spectateur en est conscient et l’accepte. Il est témoin de cette tentative de théâtre unique. La vieille mise en scène figée et quelque peu autoritaire ferait place à une direction d’acteur tout aussi rigoureuse mais plus souple. Doute, remise en cause, interrogation... une aventure publique risquée : répétée, travaillée, mais toujours “sans filet”. Elle deviendrait exploratrice, le mot “répéter” ne voulant plus dire ici que “chercher de nouveaux possibles”. Le verbe “jouer” prenant tout son sens. 3. Un théâtre accessible à tous.
Une affirmation de spectacle populaire à moindre coût. Une scénographie
humble, peu de comédiens s’il le faut (chacun pouvant jouer plusieurs
personnages ), peu de publicité, pour essayer de réduire au maximum le
prix des places ou le prix de vente du Noir Lumière. (Pas de travail au
noir, pour autant. ) Avoir le souci majeur de compenser cela par une
très haute qualité professionnelle et une exigence sans concessions.
Pas de spectacle au rabais, pas de fast-food culturel.
Noir Lumière n’est volontairement pas défini, circonscrit, il reste mouvant, évolutif, il est un point de départ vers un ailleurs inconnu, infini, une quête peut-être impossible d’un théâtre perdu, simple et difficile, riche de son dénuement, un théâtre heureusement inquiet, fortement fragile, désespérément optimiste. Noir Lumière est une aventure artistique légère et profonde à la fois, complice mais non complaisante avec le spectateur, comme devrait l’être plus souvent le théâtre, peut-être. Noir Lumière se donne aussi pour ambition de faire entendre et peut-être aimer aux jeunes générations certaines oeuvres en “voie de disparition”. Cependant, s’il ne conteste pas l’intérêt pédagogique qu’il peut susciter, il reste adressé à tous les publics, collégiens ou retraités, néophytes ou experts, passionnés ou simples curieux. LE RETOUR AUX SOURCES ( LE POURQUOI ) La mise en scène, mais plus largement la scénographie, a pris des proportions vertigineuses dans le théâtre d’aujourd’hui ; les décors ressemblent de plus en plus à ceux que l’on retrouve dans les studios de cinéma : beaux, justes, d’un réalisme époustouflant ; l’arrivée de nouvelles technologies renforce cet effet... On ne peut plus imaginer le palais, la forêt... on a, devant soi, le palais, la forêt... Mais si, d’un côté, ces scénographies permettent de donner du travail à de nombreux décorateurs, régisseurs, créateurs lumière, maquilleurs, costumiers, etc., si, grâce à elles, tous ces artistes peuvent donner libre cours à leur remarquable talent, ne pourrait-on pas craindre que, petit à petit, les acteurs, eux, ne deviennent que de simples éléments de ces décors de rêve : beaux, justes... ? De pauvres mais sublimes “sujets” qu’ils étaient, les voici devenus magnifiques et parfaits “objets”, neutres, lisses, formés à bien parler, bouger, des techniciens de la scène dans les mains de metteurs en scène parfois un peu démiurges. Ils ne sont pas mauvais, pas plus que les décors sont laids, ce théâtre d’ailleurs séduit et remplit les salles, mais où sont passés les tréteaux sur lesquels des saltimbanques imprévisibles et fous nous faisaient rêver ? où est passé le tapis persan posé à même le plateau pour y jouer Shakespeare ? Et la poésie du théâtre ? Le bonheur indescriptible pour le spectateur de partager et non de consommer la représentation ? Nostalgie ? Passéisme ? Goût du théâtre d’antan ? Non ! non ! non ! Simple nécessité d’avancer autrement pour ceux qui n’ont pas oublié l’essence même de leur art : l’émotion. Un théâtre de l’imaginaire, de la liberté, un théâtre de comédiens. Ces comédiens respectables qui ont choisi la voie difficile du professionnalisme et donc des risques possibles de précarité inhérents à l’exercice de leur art. Leur goût de la diversité, leur côté aventurier épris de liberté et de défis... Oui, pour certains comédiens, trop de confort effraie. Ils répètent sans trop d’efforts des spectacles bien léchés, bien propres, sans scories, aseptisés, ils les jouent ensuite devant un public d’abonnés qui, même s’ils somnolent un peu, applaudiront à tout rompre à la fin, ils les tournent ensuite dans des réseaux de programmateurs souvent acquis d’avance... Tout cela finit parfois par ronronner, par s’empâter, par s’enliser... On n’est souvent pas très loin de l’ennui, un comble ! Noir Lumière n’est peut-être rien d’autre qu’un “itinéraire bis” du théâtre. Un chemin des écoliers. Beaucoup d’artistes diront d’ailleurs avec raison qu’ils l’ont emprunté depuis longtemps déjà. Depuis l’Antiquité peut-être, répondrons-nous. Noir Lumière s’adresse à tous les téméraires, acteurs, spectateurs, programmateurs qui veulent prendre parfois cette autre route, celle du théâtre buissonnier, plus escarpée, moins balisée, plus hasardeuse mais si belle... PAR EXEMPLE ( LE COMMENT ) Noir Lumière propose d'assister à la naissance et à l'évolution d'un théâtre qui s'invente, ici et maintenant, face aux spectateurs. L'image d'un théâtre figé, pétrifié, engoncé dans ses règles et ses principes, laisse place à celle d'un théâtre libre, qui s'aventure en-dehors des sentiers balisés, quitte à littéralement partir à la rencontre de son public. Imaginons... Quelques comédiens arrivent sur la scène, ou sur la place, ou dans la cour du lycée... « Bonjour ! Nous allons vous présenter... » Quelques mots sur l'oeuvre jouée, l’année de sa création, l’auteur, le contexte politique, social, culturel de l’époque. Pendant ce temps, on s'affaire sur le plateau improvisé : quelques éléments de décor, fauteuil, table... On donne éventuellement rendez-vous aux gens à la fin de la représentation pour discuter un peu s’ils le veulent, on vérifie bien si tout est en place et... « Noir... Lumière ! » Et ça commence... Ne nécessitant quasiment pas de décor, les "Noir Lumière" peuvent tout aussi bien se jouer dans une cour d'école que dans un hôpital, dans une prison ou bien sur une place de village. Les Noir Lumière renouent ainsi avec la tradition d'un théâtre itinérant, un peu bohème, un peu nomade, un peu... vagabond. |