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Juste la fin du Monde de Jean-Luc Lagarde
mise en scène de
Francis Azéma
© Editions Les
Solitaires Intempestifs

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Création en mars 2005 au Théâtre du Pavé et au Grenier Théâtre
Interprétation :
Marie-Annick Faydi, Sylvie Maury, Cécile Maidon,
Grégory Bourut, Jean-Baptiste Artigas
Costumes et décors :
Noémie Le Tily et Philippe Lacomblez
Création lumière : Michael Vigier
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"Quand on entend Lagarce au théâtre, on
entend avant tout les mots et la voix. Ses phrases semblent à
peine réfléchies, soufflées en bouche par des
acteurs dont on pourrait imaginer qu'ils improvisent et qu'ils les ont
pensées eux-mêmes. A ceci près qu'on entend vite
également, derrière l'apparente
spontanéité, une musique trop raffinée pour
être née du simple hasard des conversations qui se jouent.
Un art du dialogue qui sait gommer après coup les artifices dont
l'auteur s'est servi pour le construire. Qui transcende le naturel et
rend subtilement lyrique le moindre échange, apparemment banal
pourtant, entre les membres d'une même famille. C'est le cas dans
"Juste la fin du monde" par exemple, où les
procédés, comme les ourlets en haute couture sont
tellement maîtrisés qu'on ne les voit plus. De la belle
ouvrage, du travail d'orfèvre qui révèle par des
phrases courtes, en apparence juste dites, en fait très
écrites, prévues, syncopées au bon endroit, les
hésitations et les fragilités de l'âme et des
sentiments humains. Portée par le souffle, les
hésitations, l'écriture de Lagarce nous restitue la
respiration d'un homme profondément épris de nos
échecs et de nos questionnements fragiles. Sous la douce
cruauté d'une langue presque chantée, fredonnée,
parfois hurlée quand la comédie humaine se fait trop
douloureuse. Dans ce théâtre flotte partout "un air de
famille"…
Alors, forcément souvent, c'est drôle et conjointement
cruel : nous, fourmis engluées dans nos amours et nos
désirs, nos regrets et nos ratages, quel spectacle ! On rit,
ça nous rappelle nos dimanches en famille ou nos fâcheries
d'amants tièdes. On se reconnaît ou on voudrait bien ne
pas s'y reconnaître, au choix. Mais Lagarce creuse l'intime,
fratrie, parents, amoureux, rien ne lui échappe. C'est l'humain
tout petit mais universel qu'il débusque au coin d'une
réplique grinçante, les rancoeurs, les non-dits, tout ce
que l'on finit par se balancer quand on l'a trop gardé pour soi.
C'est la vie dans toute sa complexité, ses petites
mochetés, ses grands moments de solitude, de plaisir aussi. Il y
a quelque chose de quasi chirurgical dans cette volonté douce
mais obstinée à traquer le petit rien, le secret, le
silence parlant. Alors c'est aussi douloureux, parfois
désespéré. Heureusement, vu la place que ça
prend un texte comme celui-là, Azéma le met en
scène dans l'écoute, l'épure, le
dépouillement. Tout est sobre, sans boursouflures, "dire le
récit", "retourner au texte", "laisser chacun s'inventer ses
images", s'effacer, c'est ce que font les acteurs des vagabonds. Avec
talent et humilité."
Cécile Brochard - Flash, 23 mars 2005 - (A propos du festival Lagarce...)
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