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La douleur de Marguerite Duras
mise en scène de
Francis Azéma

Avec :
Sylvie Maury
mise en scène : Francis
Azéma
assistants mise en
scène :
Grégory
Bourut & Sylvie Maury
création lumière :
Didier Borie
décors : Les
vagabonds
Merci aux magasins
Groucho
pour les costumes.
Dossier
de presse
Fiche
technique
galerie
photo (© Patrick Moll)
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“La
Douleur est un récit autobiographique.
Marguerite Duras décrit l’attente interminable du
retour
de Robert L. son mari, déporté à
Dachau.
L’auteur ignore en cet avril 45, printemps de la
Libération, s’il est toujours vivant.
Errante dans une ville assommée, courant de bureau en
bureau,
maudissant son téléphone, ne mangeant plus, ne
dormant
plus, elle attend, elle guette, elle cherche le moindre signe
d’espoir.
Dire La Douleur c’est aussi témoigner de la folie
des
hommes. Ne pas juger tout de suite. Ne pas aller trop vite dans la
réaction. Laisser la haine passer sur soi comme le vent
mauvais
et si l’on tient le coup, être plus fort
après, plus
apaisé peut-être.
Dire La Douleur c’est une façon de faire taire en
soi la colère et la rage.
Mais ne pas oublier.
“... Le citron coule goutte à goutte dans notre
gorge, il
arrive sur notre faim et nous en fait mesurer la profondeur, la force.
[...] Regarde les citrons de la plaine de Carrare comme ils sont
énormes, ils ont la peau épaisse qui les garde
frais sous
le soleil, ils ont le jus comme les oranges, mais ils ont le
goût
sévère.”
Francis Azéma
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photos de la création
: Patrick Moll
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Critiques :
"Le théâtre du Pavé poursuit sa route
en compagnie
de Duras jusqu’au 11 février. Lectures,
théâtre, cinéma, le cycle
consacré à
la grande Marguerite se poursuit sur la scène et dans des
lieux
amis. Après «La Musica
deuxième», c’est
donc à partager «La douleur» que nous
convie, dans
un monologue fervent, l’hypnotique et épidermique
Sylvie
Maury.
Au fil de la plume... écrire dit-elle
Fondu au noir, un peu de lumière d’où
monte la
voix. Elle, une femme, Marguerite Duras/Sylvie Maury. A
l’heure
qu’elle décrit là, elle attend son
mari, Robert L.
(interprété par Robert Antelme),
déporté
dans les camps de concentration, dont elle est sans nouvelles depuis
des mois, ne sachant s’il est mort ou vivant. On est en avril
1945, dans Paris qui sent venir le printemps puis
l’été, les premières cerises
de la fin de 6
ans de guerre. Quartiers entiers en quelques lignes, rues aux noms
évocateurs, notations d’atmosphère et
talent sans
pareil pour passer de l’intériorité la
plus noueuse
aux aléas du dehors, Marguerite Duras impose en douce un ton
très personnel. Toujours minimaliste, direct, sans
fioritures,
nageant aux confins de la fiction et de l’autobiographie,
musical
dans ses répétitions, austère et
sensuel tout
ensemble, le style hypnotise, envoûte, séduit. Le
récit pourtant tient en un mot, l’attente. Sans
d’autre objectif apparent que de nous faire partager le temps
qui
s’égrène, goutte à goutte.
L’attente
lente, longue, insidieuse, follement inquiète,
bientôt
insoutenable au fur et à mesure que les camps sont
libérés et que les prisonniers reviennent.
Jusqu’au
retour, enfin. Et à la lente remontée des
ténèbres.
Sur le fil de la voix... dire quand même
Publié en 1985, le texte de La douleur, date en grande
partie
des Cahiers de guerre que Duras écrivit pendant
l’Occupation. Sylvie Maury et Francis Azéma qui
met en
scène, ont coupé dans le texte quelques
personnages
secondaires et resserré l’ensemble autour de cette
femme
et de sa douleur. Ultra sobriété dans la mise en
scène, ultra densité dans le jeu, on est tenu, de
bout en
bout, ferrés serait plus juste. Comme des poissons hors de
l’eau, on boit le flot de paroles, toujours clair, limpide,
sans
pathos inutile. Un texte qui suffit, en soi, à
émouvoir
profondément, magnifié par le jeu d’une
comédienne en état de grâce qui ne
lâche
rien, pas une once de larmoyant, pas un brin de complaisant. On sort
sonné, d’un monologue hypnotique de plus de deux
heures
passant comme une fleur, tendu, serré,
imprégné
jusqu’à l’âme des mots de
Marguerite Duras qui
touchent à coup sûr. Lumières douces,
affleurant ou
s’éteignant, donnant du relief à une
table, une
chaise, un fauteuil : dans son intérieur vidé de
sa vie,
la femme marche ou s’assied, on la suit. Jusqu’au
bout de
sa nuit. Et de ses insomnies. Quelques respires, fondus au noir, on
souffle, elle reparaît. Grand manteau noir, silhouette
neutre,
elle déroule le fil de sa pelote de tristesse, douceur
contre
malheur, révolte contre résignation.
L’amour, la
guerre, les camps, la mort, Duras écrit, mêlant
sans
relâche sa petite musique intérieure aux fracas de
l’Histoire en marche. Sylvie Maury la fait entendre,
ténue
et têtue, fragile et inoubliable.
Une performance."
Cécile Brochard - Flash
hebdo - 7 février 2oo7
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"Fascinant
tête-à-tête avec Duras
«La Douleur» de Marguerite Duras n’a pas
été écrit dans la fièvre de
l’attente. Celle du retour de son mari Robert L.,
résistant, agonisant à Dachau en avril 45, au
printemps
de la libération et de l’ouverture des camps par
les
alliés, mais plus tard, comme elle l’a
avoué. On ne
saura jamais quand exactement ce récit a
été
écrit car l’auteur est parti avec son secret.
Cependant,
elle dit dans sa préface qu’en relisant ce texte
«retrouvé dans un des tiroirs de sa maison de
Neauphle-le-Château», elle s’est
trouvée
devant «un phénoménal
désordre de la
pensée et des sentiments auquel elle n’a pas
osé
toucher» et au regard de quoi, la littérature lui
a fait
honte.
Récit autobiographique, donc, que ce texte de 70 pages
absolument pas fait pour le théâtre, mais
«passé» par la très jeune
Sylvie Maury qui ne
se sert que de sa fantastique mémoire, d’un
décor
minimal et de quelques effets de lumière pour nous le
restituer
dans sa nudité. Dans «La Douleur», Duras
dit en mots
simples et phrases courtes le désarroi d’une
attente
anxieuse devant laquelle elle est une femme résolue comme
n’importe quelle autre, l’espoir que la vie encore
n’a pas tout à fait fui, le supplice du retour
d’une
ombre, puis la lente réinsertion dans le monde des vivants
de
Robert L., avec sa cohorte de patience et de combats encore, et ce
récit, enfin, qui permet de prendre du recul avec
l’horreur, la colère et la rage. Avec beaucoup de
sensibilité, de pudeur, et de vaillance, Sylvie Maury rend
ce
texte d’un réalisme parfois inouï mais
qui passe
très bien, «pour seulement transmettre une partie
de notre
histoire».
Entamé l’été dernier,
l’apprentissage
de «La Douleur» s’est fait sans
souffrance. Les
représentations à peine entamées
aussi, puisque,
dit l’intéressée,
«répéter une
pièce dans la journée et en jouer une
différente
le soir, ça crée un
équilibre»."
Annie Hennequin - La
Dépêche du Midi - 4 février 2oo7
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