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Mademoiselle Julie de August Strindberg
mise en scène de
Francis Azéma

Avec :
Sylvie Maury (Julie), Grégory Bourut (Jean)
et Corinne Mariotto (Christine)
mise en scène :
Francis Azéma
création lumière :
Didier Borie
construction des décors :
Cécile Maury
univers sonore :
Grégory Bourut
Merci aux magasins Groucho pour les costumes
Dossier
de presse
Fiche
technique 1 et 2
galerie
photo (© Patrick Moll)
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"Mademoiselle
Julie, la fille du comte, a envie. Envie de rire, de danser, de
s’enivrer de rires et de vin, d’être
belle et de
plaire aux garçons. Jean, le domestique de Monsieur, ne
rêve lui que d’une chose : gravir les marches qui
le
mèneront loin des bottes à cirer et des basses
besognes.
Mademoiselle Julie est considérée à
juste titre
comme la première pièce du
théâtre moderne.
L’apparition de la psychologie des personnages, le
réalisme, le traitement de thèmes jamais
abordés
dans le théâtre ou la littérature ont
bouleversé le regard des spectateurs et des critiques au
point
que, la peur prenant le dessus - et avec elle, la bêtise - la
censure a vite fait son oeuvre.
Le propos est lui aussi d’une étrange
modernité.
Parler sans tabou du désir sexuel au féminin sans
faire
monologuer ses parties intimes, parler de lutte des classes sans
dresser la guillotine, de religion sans sectarisme, relève
d’une finesse et d’un regard sur le monde et les
Hommes
rarement atteints à l’époque.”
Francis Azéma
photos de la création
: Patrick Moll
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Critiques
«Mademoiselle Julie est
de nouveau folle ce soir.»
Folle ? Voire. Mais inconvenante, inconstante,
inconséquente, oui – et de retour sur les planches
du
théâtre du Pavé, où elle
crache sa haine, sa
faiblesse et son cynisme méprisant avec une grâce
rare.
August Strindberg écrit «Mademoiselle
Julie» en 1888
comme une farce terrible et crue dirigée contre
l’hypocrisie. Hypocrisie des rôles que la
société attribue aux sexes, hypocrisie des
relations
sociales, hypocrisie même d’une vision qui ferait
de
l’ouvrier le meilleur représentant de
l’humanité. Un comble, pour un socialo-anarchiste
aux
amours houleuses, tiraillé entre le naturalisme de Zola et
la
métaphysique de Nietzsche, épris
d’égalité mais misogyne. Lutte des
classes, combat
pour l’égalité des hommes et des
sexes... Le
«Manifeste du parti communiste» a quarante ans,
«Le
capital» vingt-sept, le mouvement des suffragettes
à peine
plus de vingt.
Argument.- C’est le soir de la Saint-Jean, la fête
bat son
plein parmi les domestiques. «Trop orgueilleuse ou pas assez
fière», mademoiselle Julie, fille de comte aux
fiançailles rompues depuis peu à coups de
cravache, se
commet avec la piétaille. Avec Jean, surtout, le valet de
son
père – raide, fier, un peu vain, aussi conscient
que
soucieux de sa place et plus ou moins fiancé à
Christine,
la cuisinière. Ils boivent. Ils dansent. Elle
s’étourdit, aguiche, souffle le chaud
après le
froid. Lui s’accroche à sa condition comme
à un
bois flotté, qui la désire comme une terre
inaccessible.
Elle s’approche, il fuit, cède à la
vanité,
d’un pas, ne la retrouve pas : pirouettes, girouettes, miroir
aux
alouettes, quand la confidence n’est qu’un jeu et
le
désir mensonge…
L’affaire finit au lit, inévitablement.
Dévoiement
sans hasard, chute par accident. Les faux-semblants n’y
résistent pas. C’est qu’il faut cacher
la faute,
quand les ragots courent déjà sur ces amours
ancillaires.
Nier la responsabilité, faire face aux
conséquences,
boire son déshonneur comme un mauvais vin. Fuir,
peut-être. Ou rester. Mourir, qui sait ? Et les mots tombent
comme des tranchoirs sur le billot des convenances, ouvrent des
blessures d’où les hontes anciennes, la haine et
le
mépris s’écoulent tel un sang noir et
aigre.
Noblesse d’apparences, fierté perdue
d’honneur,
bassesse sans issue…
Francis Azéma et ses Vagabonds prêtent rarement le
flanc
à la critique – négative,
s’entend. Et quel
que soit le texte. C’en est presque agaçant. Leur
refus de
l’esbroufe, leur goût du travail bien fait,
d’un
théâtre relevé mais accessible, leur
engagement sur
scène leur valent cette grâce. On trouve
même chez
eux si peu de ces conventions d’attitude et de
déplacement
propres à l’art théâtral
qu’on en reste
presque pantois.
Rien à redire, donc, au décor, unique et
rustique, sobre
mais évitant tout minimalisme. Autant dire naturaliste, et
par-là même adéquat à un
texte de même
obédience. Rien à redire non plus des costumes,
mi-partis
d’ancien et de moderne. Au diable l’anachronisme ou
le
décalage forcés, au diable aussi la
fidélité historique, ils collent telles des peaux
aux
rôles de ceux qui les portent. Et une mention
spéciale aux
lumières de Didier Borie – sans tapage, une fois
encore,
mais jouant à merveille des ressources de la
pénombre et
de l’éclat selon le moment et l’action,
et
taillées sur mesure pour les corps qu’elles
caressent plus
qu’elles ne les étreignent.
La mise en scène se coule dans ses formes comme
pâte dans
le moule. Précise, assurée, toute de rythmes
discrets sur
des ressorts éprouvés : entrées,
sorties, passages
de cour en jardin. Impeccable. Implacable.
Et rien à redire, on s’en doute, des trois
comédiens. Bon, pinaillons injustement : il y eut ce
soir-là trois accrocs au texte. Mais sinon : Sylvie Maury,
dont
la minceur diaphane ne laisse présager ni
l’énergie
ni la violence et qui ne cesse de faire la bascule entre joie, hargne,
détresse et colère, une Julie parfaite
d’inconstance et de tension toujours croissante ;
Grégory
Bourut, sombre à souhait, l’accompagnant avec
maîtrise dans ce pas de deux trébuchant
d’émotions affrontées ; Corinne
Mariotto, enfin, sa
voix particulière et sa troisième personne pour
une
Christine effacée mais inébranlable, fataliste et
raide
d’exigence.
Tous magnifiques, et libres dans les chaînes dont Strindberg
les a chargés.
Jacques-Olivier
Badia
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«L’amour,
c’est la guerre»
Quel plaisir de retrouver le chemin du
Grenier-Théâtre,
dans le quartier Croix-Daurade, cette petite salle de 100 places
créée par Francis Azéma et que fait
revivre
aujourd’hui sa compagnie : les Vagabonds. La scène
aux
dimensions généreuses, offre une incomparable
proximité entre public et acteurs. Mieux que partout
ailleurs,
elle permet de lire sur leurs minois leurs rires et leurs larmes, de
surprendre sur leurs visages toutes les nuances des émotions
que
ressentent les personnages qu’ils incarnent. Cette salle
résonne encore de l’éclat
tourmenté de la
voix de Duras et bruit des subtiles nuances de sentiments
exprimés par les personnages de Nathalie Sarraute…
Pour marquer la réouverture de cette scène,
Sylvie Maury
et Grégory Bourut, membres de la compagnie à part
entière qui la co-dirigent, ont choisi de jouer
«Melle
Julie» de Strindberg. Une pièce dont la
modernité
reconnue en raison de la complexe psychologie des personnages,
chargés de désirs et englués dans
leurs doutes,
marque la naissance du théâtre contemporain. Une
pièce à l’écriture
d’apparence simple
mais dont les thèmes puisent au plus profond des tourments
de
l’âme. «Mademoiselle Julie»
interprétée par la diaphane Sylvie Maury dont les
fiançailles viennent de se rompre,
s’étourdit de
danse et de vin, au soir de la Saint-Jean, et se commet avec le
domestique du comte, son père, qui ne rêve que de
sortir
de sa condition. Déchirée, fragile,
écartelée, Melle Julie s’abandonne
à
l’amour mais n’a plus la force d’assumer
ses
élans et paye finalement pour les fautes dont elle se sait
héritière. Inscrit dans un décor
soigné
réalisé par la troupe et ses proches,
accompagnée
de musique enregistrée par Grégory Bourut dans un
festival celtique, ce drame de la mésalliance et des
illusions
perdues, sidère en effet par la modernité de sa
langue,
la peinture cruelle de la lutte sans merci que se livrent hommes et
femmes qui s’abandonnent au soir puis se déchirent
au
matin en mettant leurs âmes à nu dans un contexte
social
où maîtres et serviteurs ne se rapprochent pas
sans
pouvoir échapper au regard réprobateur des autres
et se
retrouvent en butte au conformisme social.
Annie Hennequin, 17 octobre
2oo6, La Dépêche du Midi
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