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La Musica deuxième
de
Marguerite Duras

mise en scène de Francis Azéma

La Musica deuxième

Francis Azéma (Lui) & Corinne Mariotto (Elle)
Francis Azéma, mise en scène
Grégory Bourut & Sylvie Maury, assistants mise en scène
Didier Borie, création lumière
Les vagabonds, décors
Merci aux magasins Groucho pour les costumes.

“Travailler Duras, c’est avant tout se laisser faire, la laisser faire. La laisser venir, descendre, la laisser nous emplir, nous envahir jusqu’au débordement, jusqu’à ce qu’on ne puisse plus, jusqu’à l’aveu de l’impossible.
Alors, possédé, vaincu, anéanti par son écriture, ses mots, ses silences, la laisser jouer pour nous, à travers nous.
Peu de discours dans le travail de l’acteur, des regards complices, des respirations, du rythme, beaucoup de solitude et de souvenirs...
Respecter absolument ses didascalies. Les inclure dans le jeu comme de la musique, de la danse, les éprouver au moins autant que les répliques.
Jouer souterrain, menteur, secret... puis laisser la vérité exploser sans retenue. Sonate, symphonie, requiem... Andante, presto, fortissimo.»
 
Francis Azéma
La musica deuxième
photos de la création : Patrick Moll

Critiques :




"La Musica deuxième, plus que des personnages, des personnes

On ne peut rencontrer Duras que si l’on a, comme elle, quelques «bleus à l’âme».
Le défi lancé par Francis Azéma n’est pas tellement d’imposer sa vision de la pièce, mais au contraire de laisser vivre l’oeuvre, de s’abandonner et nous avec, à l’insidieuse musique que nous joue l’auteur. Jusqu’au moment où l’on s’aperçoit, à nos risques et périls, que ce n’est plus du jeu. Mais une belle et émouvante leçon de théâtre...
C’est «l’histoire banale d’une histoire banale». Cette partition a besoin de silences, de pauses, de mesures savamment découpées pour que le banal, justement, voire le cliché, se transforment tout soudain en lettres de noblesse.
C’est ainsi que Corinne Mariotto, elle, et Francis Azéma, lui, nous introduisent, nous attachent, à l’intime de leur couple, au point que l’évidence, la vérité, de leurs sentiments, douleur et douceur, haine et tendresse, en deviennent nécessairement partagés. Mais sans mélo. Sans pose. À cru.
On ne sort pas tout à fait indemne des «plongées» de Marguerite Duras dans cet «ainsi que les hommes vivent»...
Le spectateur en poursuit en lui-même le troublant cheminement. C’est l’auteur qui l’y invite. Quant aux acteurs, non seulement ils ne se dérobent pas au rôle, ô combien exigeant qui est le leur, mais ils l’assument, jusqu’au bout, à la perfection. Plus que des personnages, des personnes."
 
Gilbert Baqué - Nouvelles 31 - 21 décembre 2006

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La musica deuxième

La musica deuxième

La musica deuxième
La Musica, une petite mélodie qui perce l’âme

Un homme et une femme qui se sont passionnément aimés et déchirés viennent de divorcer. Ils ont refait leur vie, mais sans être parvenus à défaire le lien qui les unit. La nécessité et un désir inconscient de se revoir les font se rencontrer. Ils jouent au jeu cruel de la confession et comprennent qu’ils n’aimeront plus jamais personne aussi fort, désormais. Ils se quittent au petit jour, pour toujours et «rien ne sera plus fini que ça, la mort comprise». La séparation entre deux êtres, le besoin jamais comblé d’amour, la douleur de la perte que le meurtre de l’autre n’éteindrait même pas, la passion contrariée qui assassine à jamais les élans les plus vrais, sont très présents dans «La musica deuxième» comme souvent dans l’œuvre de Duras. Corinne Mariotto et Francis Azéma qui l’interprètent avec justesse au théâtre du Pavé, nous embarquent jusqu’aux larmes dans la petite musique de Duras. La langue de l’auteur est ici d’une simplicité absolue. Entre tension, gêne, pudeur, silences et fulgurances de la douleur, entre refus et nostalgie, les deux comédiens expriment toutes les vibrations intimes de l’âme de ces deux êtres, tandis que le dialogue fait penser jusqu’à la fin que tout peut encore arriver. Le jeu de Corinne Mariotto rappelle celui des acteurs de la nouvelle vague : économie d’expressions du «masque», égal de ton. Cependant il laisse deviner la souffrance et le désir qui subsistent. Le jeu de Francis Azéma, tendu à l’extrême, n’est jamais aussi émouvant que lorsque le personnage se lâche. A eux deux, ils nous immergent dans l’univers durassien, où la parole pourtant si sobre, pourvu qu’elle soit portée tout aussi sobrement, perce l’âme.

Annie Hennequin 
- La Dépêche du Midi - 11 décembre 2006
Les séparés

La pièce de Marguerite Duras, mise en scène et interprétée par Francis Azéma avec Corinne Mariotto au Théâtre du Pavé, ouvre une série de manifestations dédiées à l’auteur.

Depuis le mois de décembre, des lectures, des projections et deux mises en scène sont proposées par le Théâtre du Pavé pour guider le public autour de l’œuvre de Marguerite Duras. Avant «La Douleur», interprétée par Sylvie Maury à la fin du mois, Francis Azéma s’est attelé à «La Musica deuxième». Créée dans une mise en scène de l’auteur en 1985, avec Miou-Miou et Sami Frey, la pièce relate les retrouvailles d’un couple décidé à conclure leur divorce après des années de séparation. Azéma a demandé à Corinne Mariotto de l’accompagner sur scène. Un choix troublant à plus d’un titre. Ce dernier en assume toutes les ambiguïtés et dresse des passerelles entre le théâtre et la vie. Sa comédienne est l’incarnation de l’auteur : de la jupe grise jusqu’au collier découvert dans le bâillement d’un chemisier blanc, Corinne Mariotto est Duras jusqu’au bout des seins.

Au bar de l’hôtel de leur première nuit, il lui tourne autour comme un mâle en peine. Elle se raidit pour ne pas que la faille affleure. Ils se cherchent, s’approchent malgré tout. D’interminables silences ponctuent leur conversation. Mais comment se protéger quand les souvenirs se bousculent, cognent et défoncent les portes ? Malgré tous les barrages contre le Pacifique, les apparences vont voler en éclats. Ils se raccrochent à leur nouvelle vie mais un déluge de larmes emporte tout. Dans ce décor chic et sobre, Azéma laisse le verbe de Duras envahir l’espace scénique et résonner dans la voix des deux personnages. Les comédiens font face au public. Le visage dévasté par les cicatrices de l’amour, leurs yeux se perdent dans les abîmes de douleur. A nu, ils livrent une performance spectaculaire, tout simplement sans pudeur, laissant le spectateur désarmé.

Jérôme Gac - Intra Muros - janvier 2007
La musica deuxième

La musica deuxième
La Musica deuxième
vagabondage chez Duras

Trois petites notes de musique ont plié boutique au creux du souvenir et, un jour, sans crier gare, nous reviennent en mémoire. Nostalgie durassienne tout en nuances à partager au Pavé.

Premier amour, passion, jalousie, séparation, tout ça est si ordinaire dans les relations humaines qu’il faut bien la magie de l’écriture de Marguerite Duras pour en extraire l’universelle déchirure. Pas des bavardages d’une série télévisée mais du vrai théâtre avec un duo de comédiens qui donne force et résonance à un dialogue d’une tragique banalité.

Par hasard ?

Sur le plateau, un grand hall désert. Bientôt, un homme et une femme s’y croisent. Dès le premier instant, on comprend que ces deux-là, malgré leur vouvoiement distant, ont partagé une histoire brûlante et que la braise n’est pas encore consumée. Elle, Corinne Mariotto, et lui, Francis Azéma, reviennent séparément dans la ville de leur mariage pour régler les derniers détails de leur divorce avant de repartir chacun dans leur nouvelle vie.

Quelques heures seulement pour un ultime échange dans l’hôtel qui a abrité leur passion amoureuse. Une histoire de garde-meuble lance l’improbable dialogue, se prolongeant dans le labyrinthe d’un lien viscéral bien difficile à rompre. La mort, peut-être ? Ces deux disent avec pudeur et retenue les non-dits de leur passé commun, l’usure du temps qui passe, la méfiance qui s’insinue et le désamour qui s’installe.

Au petit matin, le tutoiement resurgit, les corps se frôlent, pourtant la vie reprend impérativement ses distances sans panser la déchirure.

Mots et silences, gestes et regards ponctuent cette pièce courte et complexe. Le Théâtre du Pavé vagabonde avec sincérité dans l’univers épuré de Duras et leur petite musique nous touche.

Françoise Bouyer - Flash hebdo

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Éperdument séparés

Que reste-t-il de l’amour après la haine, la déchirure et une séparation brutale ? L’autre existe-il encore ? A-t-il survécu à tout cet amour perdu ? Autant de questions qui hantent l’homme et la femme de «La Musica deuxième» de Marguerite Duras. Ils se retrouvent «par hasard» dans le même hôtel, trois ans après leur séparation. Ils sont venus pour assister à l’audience qui mettra fin définitivement à leur séparation. Sauf que le temps de la loi n’est pas celui du coeur.

Tout paraît fini entre eux. Il reste quelques biens à partager. Aucun n’en veut, parce qu’aucun ne veut de trace de cette vie d’avant, ensemble. Mais tout n’est pas vraiment fini entre eux. Le souvenir de l’amour est tenace. Et d’autant que la passion qui le nourrissait les a dépossédés d’eux-mêmes. Pour ne pas mourir, ils ont choisi la fuite, celle qui coupe court à tout mais ne met pas fin à ce qui se vit.

Aussi, dans le salon de cet hôtel désert, ils n’ont de cesse de se tourner autour. Perdus dans ce salon trop grand pour eux, ils semblent à la fois très loin et très proches l’un de l’autre. Loin par la vie que chacun a reconstruite, proches, trop proches par le passé qui fut le leur et ce présent immédiat qui les fait se retrouver ensemble, une fois encore. C’est donc l’heure de dire, de tout dire, et si possible la vérité pour comprendre comment ils en sont arrivés à vivre l’enfer. La mémoire est douloureuse, lourde de tout ce qu’ils n’ont pas su se dire, de tout ce qu’ils ont tu. Trahisons, solitudes, peines, incompréhensions... Tout y passe. Avec en toile de fond, une seule question lancinante : pourquoi ne pas essayer encore ?

Cet amour invivable

La retenue est cependant de mise sous peine de se laisser submerger par cet amour invivable qui les habite encore. La pratique de l’ellipse également, provoquant silence sur silence gêné. C’est donc tout en retenue et dans un élan constamment contrarié que jouent Francis Azéma et Corinne Mariotto. Les corps et voix sont posés, presque trop calmes. Sauf que dans ces corps et dans ces voix se tapit le tremblement, l’envie de prendre l’autre dans ses bras, de lui dire son amour et sa haine. La voix trahit parfois, le geste aussi. L’émotion affleure à chaque silence.

L’atmosphère devient très vite irrespirable, la juste mesure de la mise en scène y contribuant grandement. Irrespirable au point que le spectateur a la sensation d’assister à une scène qu’il ne devrait pas voir. Le monde va à sa perte, dans la déchirure constante Ainsi est l’écriture de Marguerite Duras, mise en scène fidèlement et pudiquement par Francis Azéma. Pudiquement, parce que l’on sent le metteur en scène s’effacer totalement derrière cette écriture-là, à la fois courante et terriblement violente. Une écriture trempée dans la banalité de la vie, qui raconte inlassablement ce qui ne devrait pas se dire.

En fouillant au plus profond de la plaie pour faire apparaître cette insoutenable capacité de vivre, la pièce nous force à nous interroger sur le sens tragique de l’existence et les limites du soutenable.

Florence Guilhem - La Voix du Midi - 4 janvier 2007
La musica deuxième

La musica deuxième
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